La stratégie d’amorçage est l’un des éléments de la pêche de la carpe les plus complexes à maîtriser. L’un des plus intéressants aussi. Le meilleur moment pour amorcer et les quantités requises dépendent de bien des facteurs. Explications.

Je me pose toujours certaines questions lorsque j’arrive à la pêche (et même souvent bien avant). La réussite d’une session est dépendante de beaucoup de conditions qui ne sont pas toujours contrôlables, mais aussi de décisions qui nous reviennent et qui peuvent déterminer le résultat de la pêche. Interrogé dans un vieux documentaire sur ce qui le passionnait tant dans la pêche de la carpe, je me souviens que Philippe Lagabbe avait alors répondu : “avancer les pions”. J’avais trouvé la formule très juste, dans la mesure où j’ai moi-même toujours abordé la pêche avec cette dimension tactique et cette nécessité de réfléchir à ce que je fais. Ma façon d’amorcer notamment.

Pour commencer

Peu importe l’heure à laquelle j’arrive ou l’époque de l’année, mon approche est toujours assez prudente dans un premier temps et les quantités amorcées raisonnables. Même en connaissant le lieu et la densité de poissons, on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre en matière d’activité. Et comme on dit : il est toujours plus simple d’en ajouter que d’en enlever. À titre personnel, je pêche rarement plus de trois ou quatre jours consécutifs et cherche donc à optimiser mon temps de pêche au maximum. Amorcer massivement n’est pas une option viable dans ce cas, puisque cela me dissuaderait de changer de poste au besoin en cours de session et m’obligerait à attendre que les carpes daignent enfin rentrer sur l’amorçage. Ce qui peut en revanche être une bonne stratégie dans le cas d’une longue session sur un même poste (tiré au sort ou réservé), durant laquelle une sorte d’ALT peut se mettre en place.

L’heure des touches

La meilleure heure pour amorcer n’est pas la même partout et chaque plan d’eau ou rivière a ses particularités. Pour déterminer le meilleur moment, je me fie toujours à l’heure des touches. Sur une gravière que j’avais l’habitude de pêcher, les carpes cherchaient à s’alimenter essentiellement une fois la nuit tombée et jusqu’aux deux-trois premières heures du jour. Pour ne pas risquer de les faire fuir durant cette phase d’alimentation, j’amorçais uniquement durant l’après-midi, en ajustant la quantité selon les touches de la nuit passée. Évidemment, cela implique de connaître un minimum le plan d’eau mais la première touche donne déjà une indication et je m’assure toujours d’avoir mes lignes en place deux heures avant, afin de bien laisser “reposer” le coup. Sur des plans d’eau surpêchés, c’est d’ailleurs une approche qui peut faire la différence. Quand un secteur est amorcé non-stop pendant les heures les plus propices, les poissons ont tendance à aller se réfugier dans des endroits plus calmes où un amorçage placé depuis un moment leur paraîtra moins louche.

Le rappel

Le timing de l’amorçage de rappel est un autre élément déterminant. Je ne m’emballe jamais après une première touche et préfère en attendre une deuxième et être certain de l’activité sur mon coup pour faire un rappel. Sur les plans d’eau où les carpes ne s’alimentent que pendant un laps de temps, un rappel intempestif à ce moment peut être à double tranchant. En général, je préfère ne pas tenter le diable et faire le moins de bruit possible sur mon coup. En revanche, sur un lieu généreusement peuplé en carpes, un rappel fréquent mais léger permet d’entretenir la concurrence alimentaire et garder de l’activité sur le coup en permanence. Pour peu qu’il ait déjà produit deux ou trois touches au préalable encore une fois. Mais quand les poissons répondent à l’appel, gardez le rythme et variez les quantités selon le nombre de touches.

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